CANAL+ : les mensonges de Vincent Bolloré et Maxime Saada aux sénateurs

Le 22 juin 2016, Vincent Bolloré, président du Conseil de surveillance de Vivendi et Maxime Saada, directeur général de Canal +, ont été auditionnés par la commission culture et communication du Sénat. Lors de cette audition, les deux dirigeants ont menti à plusieurs reprises sur la censure du Crédit Mutuel.

Le collectif Informer N’est Pas Un Délit estime que les propos mensongers de MM. Bolloré et Saada relèvent d’une atteinte grave à la liberté d’informer. Nous ne pouvons accepter que ces dirigeants puissent travestir les faits et mentir aux sénateurs, à la presse et donc à tous les citoyens.

Le collectif Informer N’est Pas Un Délit a donc décidé de rétablir la vérité en reprenant point par point les explications mensongères de Vincent Bolloré et de Maxime Saada.

Crédit Mutuel, un film censuré par Vincent Bolloré

Lors de son audition du 22 juin 2016 au Sénat, Vincent Bolloré, le président du Conseil de surveillance de Vivendi explique :

« L’enquête sur le Crédit Mutuel, je ne l’ai jamais vue (…) je n’ai pas le pouvoir de me pointer en régie pour donner des instructions (…) ce sont des blagues pour éviter la diète. »

Maxime Saada, directeur général de Canal +, ajoute :

« Il n’y a jamais eu la moindre intervention de Vincent Bolloré (…) On avait validé le Crédit mutuel (…) j’ai été appelé par la société qui produisait le doc (KM/groupe Zodiak) pour me dire qu’on ne serait pas livrés à temps. A un moment donné, le documentaire qui était co-produit par KM et Mediapart a été révélé par Mediapart. J’ai jugé, tout seul, que je n’étais plus intéressé par ce documentaire que nous avions financé, parce que les informations étaient sorties. Ce qui nous intéresse, c’est quand il y a des révélations. Quand ces révélations sont sorties, cela ne nous intéresse plus ».

La chronologie des faits donne tort au directeur de Canal +. C’est le premier mensonge de Maxime Saada. L’enquête sur le Crédit Mutuel a été censurée puis déprogrammée par Canal+ le 18 mai 2015. Or, à cette date, Mediapart n’avait fait aucune nouvelle révélation sur cette affaire. Et pour cause, les auteurs du film travaillaient à l’époque en étroite collaboration avec le journal pour publier leurs informations au même moment. Maxime Saada n’a donc pas pu déprogrammer ce film pour les raisons qu’il invoque.

Le directeur général de Canal+ affirme ensuite que la chaîne a financé cette enquête. C’est un autre mensonge. Canal+ n’a jamais versé le moindre centime à la société de production pour réaliser ce film. C’est la société de production qui a assumé les coûts financiers liés au tournage et au montage en attendant que Canal+ achète définitivement le film. Ce qui ne s’est jamais produit.

Désormais, Maxime Saada assume, seul, la déprogrammation de ce film. Ce mensonge n’a qu’un but : couvrir Vincent Bolloré. Et, en d’autres circonstances, Vincent Bolloré, lui-même a assumé cette censure.

Les preuves de la censure en trois dates

Le 3 septembre 2015, lors d’un comité d’entreprise de Canal+, Vincent Bolloré est interrogé sur la déprogrammation de l’enquête sur le Crédit Mutuel, l’une des banques partenaires de son groupe. Le président du conseil de surveillance de Vivendi l’assume en ces termes : « si on embête nos partenaires ou clients, il n’y en aura bientôt plus du tout ».

Le 16 septembre 2015, lors d’une réunion des délégués du personnel, une question est, une nouvelle fois, posée sur la censure. Elodie Bouvet Lustmann, directrice des relations sociales de Canal +, répond et généralise le principe de la censure en ces termes : « la direction préfère éviter les attaques frontales ou polémiques contre les partenaires actuels ou futurs du groupe ». Malgré plusieurs demandes de syndicalistes de la chaîne, la liste de ces « partenaires actuels ou futurs » n’a jamais été communiquée par Canal+.

Enfin, le 25 septembre 2015, Vincent Bolloré rend visite à la rédaction d’iTélé/Canal+. Le président du Conseil de surveillance de Vivendi explique alors devant une centaine de personnes que c’est Michel Lucas, le patron du groupe Crédit Mutuel-CIC qui l’a appelé pour se plaindre d’un reportage qu’il juge « impartial » (Sic. Vincent Bolloré voulait plus probablement dire « partial » !).

Voici la retranscription d’un extrait de la prise de parole de Vincent Bolloré devant les salariés. Cet enregistrement audio est en notre possession.

« Le Crédit Mutuel est loin d’être notre première banque, c’est la cinquième ou la sixième. D’abord, il y a la BNP, la Générale, enfin peu importe (…) accessoirement, je n’ai jamais vu cette émission, et personne ne m’a proposé d’aller me montrer la cassette de l’histoire du Crédit Mutuel. J’ai juste eu un appel de Michel Lucas (patron du Crédit Mutuel) que je connais, comme je connais le président de la BNP, de la Générale, etc… me disant : il y a eu un reportage partial à la sortie d’une pizzeria. Je lui ai dit : mettez-vous en contact et je l’ai mis en contact avec Rodolphe Belmer ».

On connaît la suite : le film sur le Crédit Mutuel a été retiré de l’antenne par la direction de Canal+.

Cette censure, aujourd’hui, même certains proches de Vincent Bolloré ne la contestent plus. Ainsi, le 7 avril 2016, dans le magazine Complément d’Enquête diffusé sur France 2, le journaliste Philippe Labro, « conseiller médias » de Vincent Bolloré, explique à propos de l’enquête :

« Il l’a déprogrammée, voilà, c’est tout (…). Il a fait ce qu’il souhaitait faire, je ne suis pas certain qu’aujourd’hui, il le referait… Il a souhaité que ce document ne passe pas, que voulez-vous que je vous dise ? ».

Ces propos n’ont jamais été démentis par Vincent Bolloré, ni par la direction de Canal +.

Diffusion du film Crédit Mutuel

Lors de son audition devant le Sénat le 22 juin 2016, Maxime Saada, directeur général de Canal + précise :

« Si France Télévisions a pu diffuser cette enquête, c’est parce que nous l’y avons autorisé. Si on avait dit non, ils n’auraient pas pu… »

Une nouvelle fois, le directeur général de Canal+ ment.

Le 18 mai 2015, Canal +déprogramme le film sur le Crédit Mutuel. Dans les jours qui suivent, Renaud Le Van Kim, patron de KM, négocie avec Canal + la libération des droits du film. Entre- temps, France 3 et l’équipe de Pièces à conviction sont contactées pour connaître leur intérêt à diffuser cette enquête. La réponse est positive. Le 2 juin 2015, Renaud Le Van Kim adresse une lettre à France 3 qui précise que le film est libre de tout droit.

A la fin de l’été 2015, rebondissement. En juillet, Renaud Le Van Kim a été contraint de quitter la direction de KM. Parallèlement, Vivendi est entrée au capital du groupe Banijay-Zodiak avec 26% des parts. En septembre 2015, le nouveau patron de KM, Gaspard De Chavagnac, écrit à plusieurs reprises à France Télévisions pour exiger que le documentaire Crédit mutuel, censuré par Canal +, soit finalement livré à la chaine cryptée et ne soit pas diffusé par France 3. Gaspard de Chavagnac va jusqu’à menacer France Télévisions d’une procédure devant la justice. Fin septembre, constatant que ces pressions n’ont pas d’effet sur les responsables de France Télévisions, Gaspard de Chavagnac cesse de leur écrire. Après la montée de Vivendi au capital de Zodiak, KM a donc secrètement tenté d’empêcher, elle aussi, la diffusion du documentaire. Sans succès.

Informer n’est pas un délit s’insurge donc contre les mensonges répétés de la direction de Canal + et de Vincent Bolloré. Le Conseil supérieur de l’Audiovisuel, sollicité à plusieurs reprises sur cette affaire, n’a jamais souhaité ouvrir d’enquête malgré les preuves que nous lui apportions sur cette censure.

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